English - עברית
 
   
 
 
L'école du Vivant et de l'Adulte
 

Conférence-débat - 23 juin 2010 : Dr. Maryse Touboul : La psychanalyse et le livre de Michel Onfray

Paris, ce 11 Mai 2010

DROIT D'EXPRESSION D'UNE PSYCHANALYSTE
suite à la publication du dernier livre de Michel Onfray "Le crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne"

Face au débat Onfray et Psychanalyse
Onfray qui effraie ou Onfray qui fraie ...?


Dr MARYSE TOUBOUL - Psychiatre, psychanalyste
Fondatrice de L'Ecole du Vivant et de L'Adulte : VA...

En regard et à l’écoute de la turbulence provoquée par le livre de Michel Onfray qui s’attaque à l’« idole » Sigmund Freud, le Père de la psychanalyse, il est temps me semble-t-il de remettre le patient au coeur du débat. Le chemin de Freud a-t-il été celui de la guérison ?

Y aurait-il une menace nucléaire dans la sphère psychanalytique ?

Serais-je la seule psychanalyste à remercier le philosophe Michel Onfray, qui a osé dénoncer les abus de Freud, le Père de la psychanalyse et de Son inconscient érigé en loi universelle ?
Que Freud soit l’objet de critique de la part d’un philosophe n’est que justice rendue à la philosophie et à celui qui en veut à Freud de sa non reconnaissance vis-à-vis des philosophes dont il s’est largement inspiré. (Nietzsche, Schopenhauer, et autres…)
A-t-on le droit d’être une psychanalyste qui n’approuve pas l’OEdipe ni une psychanalyse fondée sur les lois de l’inceste et du désir de meurtre des fils vis-à-vis de leur père (qu’en est-il des mères et des filles ?). OUI, j’en ai le droit !
L’étude de l’Inconscient ne peut se réduire à celui de l’inconscient du Père de la psychanalyse. Cette subjectivité n’est pas scientifique, encore moins universalisable.
Par contre, les lois du langage sont universalisables, et l’Inconscient n’échappe pas aux Lois de Transmission d’un certain langage, lequel tient compte des DEUX sexes et non d’un seul !

Einstein ne s’est pas posé en Père de sa théorie ; et c’est ainsi qu’il a laissé à sa postérité le soin d’ouvrir des champs de recherche. Toute vérité, même scientifique, est relative, au fur et à mesure des découvertes faites avec le temps.
Ce n’est pas Onfray qui fait le temps, il fait « son » temps.

Onfray n’a fait que DIRE

Quand tous se jettent sur un homme pour en faire un « fou » ou un parjure, cela veut dire qu’il fait réagir « anormalement » fort, des personnes qui sont censées garder leur contrôle.
Que veut dire un rejet si total de celui qui a « mal parlé » de Freud ? Onfray serait « fou » ?
Non, Onfray ouvre un champ de questions et nous fait partager ses recherches, son travail, son désir de vérité.
Je m’interroge…
Où est le danger ? Si Onfray ne dit faux, pourquoi une horde de psychanalystes se révolte-t-elle si fort ? Mais pas tous, pas moi, ni peut-être d’autres qui se taisent encore.
Ce n’est pas la psychanalyse qu’il met en danger, mais les psychanalystes, leur façon de pratiquer, et l’exercice du sexuel, c’est dire de leur pouvoir sur l’autre !
Onfray parle de l’homme, non de la chose.
On le met au rebut, on le traite de tous les noms, on lui en veut, on l’accuse de DIRE tout simplement et de ne plus rester dans le non dit.
Comme c’est drôle, quand on pense que la loi fondamentale en Psychanalyse est celle du dire !
« Ici tout peut se dire me disait Serge Leclaire » mon psychanalyste; ICI ! Ici seulement ?
Dehors aussi on devrait pouvoir tout dire. C’est ce que fait Onfray. Chacun est libre de dire. Chacun est libre d’approuver ou pas sans pour autant le dénigrer à ce point. La réaction est suspecte, et pour moi, c’est l’énorme consensus contre Onfray qui est pathologique.
Moi, psychanalyste grâce à Lacan, je veux DIRE qu’Onfray est là quand il est temps.
Oui, et le temps dira ce que l’on fera de Freud ; et des lois de SON inconscient !
Personnellement, je n’ai jamais souscrit à ses lois ; je pense que la haine n’est pas la solution, ni ce langage mortifère qui plonge un patient dans un passé révolu, et le garde prisonnier de sa souffrance et de son impossible sortie.

Freud a oublié le vivant ! Il a tout misé sur le sexe et le sexuel et les pulsions mortifères ; il y a du malsain dans sa théorie ; il y a du malsain dans sa pratique ; enfin il y a du malsain dans sa personnalité.
Le sexuel, c’est le pouvoir de l’un sur l’autre. Le transfert né d’un pouvoir, d’un pouvoir parental perpétué à vie si l’on y reste inscrit !
Le sexué c’est la reconnaissance de l’un et de l’autre.

Je n’ai jamais aimé Freud d’instinct ! Sans connaitre même sa vie. Après avoir lu Onfray, je me demande qui était la Mère de Freud ? Pauvre Sigmund qui lui aussi a été un enfant, comme nous tous, avant de devenir le Père de la psychanalyse, et qui a consacré sa vie à obéir à l’injonction maternelle : « Sois génial, ne me déçois pas, peu m’importe qui tu es TOI, je veux que tu sois celui que j’ai décidé que tu seras ! »
La misogynie de Freud s’explique clairement !
Il s’est trompé de partenaire. S’il avait été plus simple et respectueux, il aurait reconnu en son père humilié, se baissant tout simplement pour ramasser sa kippa qu’un mauvais plaisant lui avait jeté au sol, un homme respectueux de l’essentiel : sa kippa ! Et sa judéité en eût été transformée totalement. Mais serait-il devenu alors le Père de la psychanalyse ? Pas de place pour un Père réel et son Fils réel ? Mais place pour une Mère et un Père qui prend la place du vrai Père, oui ?
Cela me rappelle l’histoire de Jésus et sa Mère. Où est le Père à respecter ? C’est la Loi Juive, c’est une Loi de vie !
Il y a en chacun de nous un petit Freud, un petit Hitler, un petit monstre. Mais à un moment de notre vie, nous avons la possibilité de faire le choix de laisser grandir le monstre ou de l’éradiquer, et de s’en séparer pour grandir, aimer, et s’identifier, pour une fille, à sa mère : la même identité sexuée, et pour un garçon à son père, la même identité sexuée. Rester dans le sexuel, c’est se tromper de lieu, et ne jamais grandir.

Aujourd’hui, un siècle plus tard, les consciences s’éveillent lentement mais sûrement ; les vérités se disent parfois violemment, selon le niveau de souffrance ….
Freud n’est pas le seul à avoir souffert d’une Mère abusive, incestueuse elle, par là même !
Onfray aussi peut être, peut-être ! Il y va fort, c’est vrai, mais ce n’est pas sans raisons : lui seul sait.

Je me dis aussi qu’aucun homme n’est à sacraliser ou idolâtrer, mais aujourd’hui la psychanalyse existe et le pouvoir de Freud est encore bien présent.
Demain ? Ce ne sera plus pareil.
Je suis reconnaissante à M. Onfray d’avoir ouvert une porte « interdite » (les réactions le prouvent). Il l’a fait ; c’est courageux. Et le courage ça se respecte.
Mais Onfray n’a rien interdit, en ouvrant une porte interdite ! Il pense comme il pense, c’est son droit le plus légitime en démocratie. Il ne demande pas à être suivi, il ne fait pas acte de pouvoir ; mais sa parole a valeur, parce qu’il est connu et reconnu comme un philosophe respectable.

Moi, psychanalyste lacanienne, je veux DIRE aussi

Si moi, psychanalyste non célèbre, avais écrit un tel livre, personne n’en aurait eu cure !
Mais venant de lui, il y a danger, mais danger de quoi ? Qu’est-ce qui est si menaçant dans ce que dit Onfray ?
De toute évidence, il transgresse un interdit, celui des psychanalystes restés enfermés dans le giron du Père.

Le style d’Onfray est populaire, simple, et tout le monde peut comprendre. C’est très important d’être à la portée de tous. Les personnes en analyse ont besoin de faire confiance à quelqu’un à leur portée et non au dessus ! On apprend tout de son patient ; on ne sait rien avant qu’il ne s’exprime…
Alors qui est ce quelqu’un ? Un psychanalyste dans l’être ou le paraître ?
Le temps sert à chercher et non à garder un savoir « tout fait ».
Lacan l’a fait ! Moi aussi et d’autres encore. On n’arrête pas le temps, ni la recherche.
A mon avis il restera de Freud son immense travail, et son immense détresse.
L’avenir est à ceux qui cherchent et apprennent, non à ceux qui savent sans avoir rien appris par eux-mêmes.
J’ai la conviction que ce livre concrétise un crépuscule déjà bien amorcé.
Le vrai responsable ? Le temps.
Lui seul a le pouvoir de révéler le vrai ; lui seul peut tout ; et le pouvoir détenu par un petit nombre de gens, cet élitisme-là, n’est pas voué à durer à vie. Le vrai pouvoir, c’est de se dire « je peux ».
Le temps ne jouit pas, il est ! Et si nous faisions comme lui, nous aurions droit à un corps vivant et plein de désir ! « C’est l’esprit qui jouit et le corps qui l’en a toujours empêché » (A. Artaud).

Je dois un merci à Michel Onfray, merci de dépoussiérer et d’adresser un cri aux psychanalystes freudiens :
« bougez-vous, avancez, chercher, apprenez aujourd’hui ce qu’il en est de la demande de vos patients, faites votre deuil et avancez vers du nouveau ». Ce n’est pas tuer que de se séparer ! Car il y a risque que la psychanalyse se meure à cause de l’inertie de ceux qui la détiennent en s’obstinant dans un savoir qui vieillit et qui n’est plus adapté au monde d’aujourd’hui !
L’humanité avance, la psychanalyse ne peut s’y inscrire durablement que si elle aussi avance, grâce à nous, psychanalystes de tous bords.
Ce qui ne veut pas dire que je suis une inconditionnelle de tout ce que dit M. Onfray, je n’aime pas les idoles moi non plus, j’aime les gens.

Le Dr Maryse Touboul, fondatrice de l’école du vivant et de l’adulte, est psychiatre et psychanalyste à Paris depuis 1980. Inspirée par la théorie lacanienne du signifiant, par la théorie de la relativité d’Einstein, mais aussi par une culture philosophique riche (Bergson, Nietzsche, Schopenhauer, et d’autres encore), le Dr. Touboul a développé sa propre technique analytique au cours de longues années de recherche sur la question : comment passer du fonctionnement de l’Inconscient Réactif à l’autre, dont nous sommes l’objet, à un fonctionnement de conscience active qui fait un Sujet de soi en temps réel ?

 
 
   

Copyright © 2000 - 2010 Maryse Touboul - L'école du Vivant et de l'Adulte - Technique psychanalytique nouvelle : Plan thématique des pages.
Tous droits réservés. Toute publication, reproduction ou copie, même partielle, des informations de cette page est interdite.